« Permettre à des œuvres d’art contemporain de venir rencontrer l’œil du public loin des grands centres culturels, offrant des angles de vue inédits et de nouvelles narrations », tel est le credo de François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire. Pour cette 4e édition, le Festival AR(t]CHIPEL poursuit son partenariat avec le Centre Pompidou afin de mettre à l’honneur la création dans le jardin de la France, et plus particulièrement les œuvres de deux monstres sacrés du XXe siècle, inspirés par la douceur ligérienne.
« Cette édition anniversaire autour des artistes Alexander Calder et Max Ernst, qui nous ont quittés il y a 50 ans et sont très présents dans la région, est une occasion exceptionnelle de créer le dialogue entre leurs œuvres et les richesses culturelles, patrimoniales et paysagères dont regorge le Centre-Val de Loire », abonde Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou.
« Calder au cœur de la France » propose un parcours dans l’univers créatif de l’artiste américain à l’occasion du centenaire de son installation en France, dans une quinzaine de lieux à l’échelle de la région. Organisé sous le commissariat d’Ariane Coulondre, Alfred Pacquement et Jessica Watson, avec le soutien de la Calder Foundation, ce projet anniversaire présente des œuvres issues de la collection du Centre Pompidou, enrichies de prêts extérieurs publics et privés.

L'atelier de Calder à Saché. Photo : Stéphane Renault
Alexander Calder s’installe en 1954 à Saché, un village de Touraine, où il achète une maison baptisée « François Premier ». « Jean Davidson, un journaliste américain, ami de Calder, décide de quitter les États-Unis après la guerre et de s’installer en France, explique Alfred Pacquement, ancien directeur du musée national d’Art moderne. Il achète un moulin à Saché et Calder, qui vient le voir, trouve l’endroit joli. Or, ce journaliste possède aussi d’autres maisons dans le village. Ils font affaire ensemble. Calder va s’y installer en partie, jusqu’à en faire sa résidence principale. Plus tard, sa fille va épouser le journaliste. Raison de plus pour s’attacher à Saché. »
En 1963, Calder construit un grand atelier sur la colline du Carroi, surplombant la vallée de l’Indre. Un nombre important de ses stabiles, sculptures monumentales en tôle rivetée, y sont conçues et assemblées en collaboration avec l’entreprise Biémont de Tours. Depuis 1989, l’Atelier Calder, converti en résidence, a accueilli plus de soixante-dix artistes internationaux, de Marina Abramović à Ernesto Neto ou Alice Anderson – actuellement, la Coréenne Mimi Park, basée à New York. Un lieu hanté par l’esprit d’un des créateurs majeurs de la modernité. Calder a offert à la commune une sculpture monumentale, Totem-Saché (1974), installée sur la place du village.

Au CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, à Tours : Black Beast (1940), Le 31 janvier (1950), 4+3 ou Les Boucliers (1944). © 2026 Calder Foundation, New York / Adagp, Paris. Crédit photographique : Tadzio
Le musée des Beaux-Arts de Tours réunit un ensemble d’œuvres en fil de fer créées à ses débuts à Paris dans les années 1920, de Kiki de Montparnasse à Joséphine Baker. Dans la cour de l’hôtel Goüin est exposé Sans titre, commandé à Calder en 1973 pour l’Institut Universitaire de Technologie de Tours, où il est habituellement installé. À l’intérieur, une exposition présente une sélection d’œuvres sur papier, de la gouache à l’estampe, ainsi qu’une série de photographies de Calder dans son atelier à Saché. Au CCC OD – Centre de création contemporaine Olivier Debré, trois mobiles et stabiles trônent dans la nef, dans une composition minimaliste en noir et blanc : Black Beast (1940), Le 31 janvier (1950), 4+3 ou Les Boucliers (1944). La galerie noire du centre d’art contemporain présente « L’idée des corps célestes », exposition réunissant huit artistes accueillis en résidence à l’Atelier Calder, de Francisco Tropa à Attila Csörgö, de Jeppe Hein à Valérie Snobeck. « La sculpture y est abordée au prisme de notions physiques telles la gravité ou l’équilibre, auxquelles la lumière et le mouvement confèrent une apparence changeante sans jamais les fixer dans un état de perception définitif », expliquent les commissaires, en écho aux propres expérimentations de Calder.
Le château du Rivau, à Lémeré, présente des fils de fer des années 1930 et le réjouissant film documentaire Le Grand Cirque Calder (1927), réalisé par le cinéaste Jean Painlevé en 1955 : le sculpteur s’y fait metteur en scène, animant avec malice personnages miniatures et accessoires lors d’une représentation circassienne séquencée en de multiples tableaux. Purs moments de magie, d’humour et de poésie.

Au musée des Beaux-Arts d’Orléans, Requin et baleine (1933) et Four Leaves and Three Petals (1939) d'Alexander Calder devant Étude (1969) de Simon Hantaï. Photo : Stéphane Renault
Au musée des Beaux-Arts d’Orléans, un ensemble de bijoux imaginés pour son épouse Louisa (Medusa, Alliance, ou cette Broche Croix de Lorraine créée en 1942 lorsque l’artiste prenait part aux activités de soutien à la résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale) côtoie les sculptures Requin et baleine (1933), Four Leaves and Three Petals (1939), ainsi que des œuvres sur papier peu connues des années 1930, témoignant de sa proximité à l’époque avec Jean Arp, Jean Hélion ou Fernand Léger.

Au château royal de Blois, Alexander Calder, Black Flag (1974). © 2026 Calder Foundation, New York / Adagp, Paris. Crédit photographique : Tadzio
L’un des temps forts de cette célébration réside sans conteste dans le dialogue instauré entre des pièces monumentales et le patrimoine de la région, réputée pour l’architecture Renaissance de ses châteaux, ses cités historiques bâties en tuffeau, coiffées de toits d’ardoise : sur l’esplanade de l’église Saint-Florentin, à Amboise, est installé Crinkly (1969) ; Reims Croix du Sud (1969) trône dans le parc paysager du château d’Azay-le-Rideau ; le stabile Caliban (1964) à l’hôtel des Échevins – musée Estève de Bourges ; Black Flag (1974) dans la cour majestueuse du château royal de Blois ; ou encore les deux stabiles Théâtre de Nice (1970) et Horizontal (1974), dans les jardins à la française du domaine national de Chambord – « l’Alhambra de la France », selon Victor Hugo. Le musée des Beaux-Arts de Chartres, le musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, le FRAC Centre-Val de Loire à Orléans ou Les Tanneries – Centre d’art contemporain à Amilly s’associent également à l’événement.
Max Ernst est, quant à lui, à l’honneur dans l’exposition « De Natura » au domaine de Chaumont-sur-Loire, premier centre d’arts et de nature entièrement voué à la relation entre la création artistique, la nature et le paysage. Commissaire de cet accrochage qui propose de lire l’œuvre du surréaliste « comme une exploration du vivant non pas tel qu’il se donne à voir, mais tel qu’il s’éprouve et se métamorphose intérieurement », Chantal Colleu-Dumond, directrice du domaine, considère que « l’œuvre de Max Ernst entretient avec la nature un rapport qui excède largement la représentation du paysage. Forêts, jardins, formations organiques ou minérales y apparaissent moins comme des motifs que comme des processus, des états de transformation où le monde extérieur se mêle étroitement aux mécanismes de l’imaginaire. »

Le jardin de la France (1962), l'une des œuvres de Max Ernst exposées au domaine de Chaumont-sur-Loire. D.R.
L’artiste allemand a vécu et travaillé avec son épouse Dorothea Tanning dans sa propriété du Pin perdu, à Huismes, près de Chinon, de 1955 à 1967. Au fil des salles du château, les œuvres peintes, sur papier ou sculptées, prêtées par le Centre Pompidou, illustrent le propos, du grattage et de l’héritage romantique pour les forêts aux chimères et métamorphoses (Chimère, 1928). Les visiteurs peuvent admirer l’emblématique Ubu imperator (1923), l’étonnant Jardin gobe-avion (1935) ou le bien nommé Le jardin de la France (1962), tableau où un nu féminin partiellement repeint, la cuisse entourée d’un serpent, est une île entre deux eaux, la Loire et l’Indre. En fin de parcours sont exposées les sculptures originales du bestiaire imaginé pour la fontaine inaugurée à Amboise en 1968 : oiseau (Le Grand génie), grenouilles et tortues.
AR(t]CHIPEL associe la création vivante à ce double hommage à Alexander Calder et Max Ernst en proposant des visites d’ateliers d’artistes installés dans la région, à l’instar de Fabien Mérelle à Tours. Cet automne et jusqu’au printemps, nul n’est censé ignorer la Loire.
Le programme complet du festival, qui se tient jusqu’au 30 avril 2027, est disponible ici.




